LES PEINTRES AU CHARBON - THEATRE ARTISTIC ATHEVAINS - 19 novembre au 22 décembre 2010
PREMIERE PARTIE - SECONDE PARTIE - TROISIEME PARTIE
"Lee Hall, scénariste de Billy Elliot, fait de ces mineurs les héros d’une comédie sociale dans l’esprit de Ladies night ou des Virtuoses et posent, à travers eux, les bonnes questions. L’art est-il réservé aux initiés? A-t-il une utilité? Chacun peut-il exprimer sa sensibilité? Un artiste doit-il être payé pour exercer son art?... Pour passer de la salle de cours à une galerie d’art, Marion Bierry fait pivoter un triptyque de lumière figurant chaque lieu, jusqu’au puits de la mine. Les interprètes composent un groupe soudé, où se confrontent les personnalités et les sensibilités. Du théâtre sans esbroufe, juste, drôle, chaleureux, humain."
"Dans les années 1930, un petit groupe de mineurs de fond s’est initié à la peinture, découvrant ainsi un univers artistique qui offrait à chacun une évasion vers de nouveaux horizons. Ces hommes furent remarqués et encouragés par une riche collectionneuse… N’imaginez pas pour autant que l’on passe brutalement du noir au rose. La pièce est plus subtile et abonde en notations cocasses. Adaptée et mise en scène par Marion Bierry, elle réunit une distribution homogène et solide de huit comédiens."
"Les rapports entre l’art et le peuple sont un dilemme éternel. Entre ceux qui considèrent (sans toujours le dire) que seule l’élite a droit au chapitre et les adeptes (conscients ou non) d’un retour au réalisme socialiste, il n’est pas facile de se frayer un chemin original. D’où l’intérêt de la pièce « Les Peintres au charbon » qui évite les deux travers, et se coltine avec la difficulté objective de l’accès du vulgum pecus à la culture, en l’occurrence à la peinture. (…)
La pièce est d’autant plus réussie qu’elle évite tous les travers du genre. Les personnages sonnent juste sans être caricaturaux, qu’il s’agisse des mineurs, du prof, ou de la bourgeoise férue d’art marchand qui se rêve en mécène d’un prolo épris de peintures. On est dans le comique mais pas dans le graveleux, dans le choc des cultures et jamais dans le mépris du bobo pour le populo. Quand on y réfléchit un peu, c’est aussi rare qu’une mine de charbon non polluante."
"La pièce est découpée en plusieurs tableaux, chacun dressant des portraits d’hommes des plus touchants. Cette comédie sociale est mise en scène avec beaucoup de délicatesse par Marion Bierry. Ici, plus que jamais, le nerf de ce texte un peu trop illustratif, traduit par Fabrice Melquiot, est tenu de main de maître par les comédiens. Dans la partition des ouvriers s’éveillant à l’art, Bernard Ballet, Robert Bouvier, Jacques Michel, Eric Verdin, Arthur Vlad sont tous parfaits. Leur interprétation est subtile, délicate et riche d’émotions. Thomas Cousseau incarne un professeur à la fois généreux et égoïste, pris dans les rouages de la vie. Odile Roire est une touchante milliardaire philanthropique. Carine Martin est une délicieuse modèle, image de la femme libérée en devenir. C’est une comédie sur fond social qui démarre comme un beau conte et qui s’use dans les tourments de la réalité."
"En s'emparant de ce fait réel, le dramaturge Lee Hall use de tout son talent pour nous faire entendre les préjugés et les contradictions inhérents au monde de l'art. Nous entendons l'écart et les heurts entre une organisation sociale et marchande de la culture, et la singulière accession à la création de l'artiste.
Le langage simple des mineurs commentant l'expérience de leurs créations s'oppose et fragilise le discours formaté du savoir du professeur et de la collectionneuse.
La mise en scène de Marion Bierry alliée à la scénographie de Gilles Lambert est d'une belle efficacité. L'utilisation de paravents translucides crée judicieusement les temps et les espaces. L'interprétation des comédiens est généreuse et juste. Odile Roire, Bernard Ballet, Robert Bouvier, Thomas Cousseau donnent le meilleur d'eux-mêmes."
"Péripéties cocasses dans cette initiation drôle et émouvante, portraits sensibles et questionnement sous-jacent fin et nuancé sur les pouvoirs libérateurs et épanouissants de l’art : Lee Hall reprend dans cette pièce le thème du film de Billy Elliot dont il a écrit le scénario, le film dans lequel le fils d’un mineur découvrait la danse. Montée pour la première fois en français avec une distribution franco-suisse, Les Peintres au charbon campe des héros populaires, devenus rares dans le théâtre contemporain, comme le remarque Marion Bierry qui trouve chez Lee Hall le mouvement de sa mise en scène, « celui de quelqu’un qui veut se mettre debout. »"
"Ainsi, sous l’aspect d’une comédie savoureuse, s’engage un débat sur le rôle et la fonction de l’art qui pointe sans didactisme les questionnements soulevés. Parfois d’une manière naïve ou cocasse, répondant au contexte de ses situations et de ses péripéties, avec un souci de clarté à laquelle contribue la traduction vivace et tonique de Fabrice Melquiot (L’Arche éditeur) dont les accents restituent la connotation sociale judicieusement souhaitée par Lee Hall. Au cœur du dispositif sobre et modulable de Gilles Lambert, accompagnant localisations et temporalités, la mise en scène de Marion Bierry restitue avec intelligence et sensibilité les enjeux métaphysiques, sociaux et politiques inscrits dans cette épopée singulière. Sans esbroufe ni tentation du spectaculaire mais avec une fine maîtrise qui rejaillit sur l’ensemble d’une interprétation de choix, la qualité du spectacle exprime avec bonheur l’humanité des protagonistes et invite à l’empathie."
